Les Trois Voies
(D'entrée, on a lu le passage suivant de l'Evangile :)
Alors Jésus fut emmené au désert par l'Esprit, pour être tenté par le diable.
Et, après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, finalement il eut faim.
Et, s'avançant, le tentateur lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, dis que ces
pierres deviennent des pains. » Répondant, il dit : « II est écrit : Ce n'est
pas de pain seul que vivra V homme, mais de toute parole qui sort de la bouche
de Dieu. »
Alors le diable le prend avec lui dans la Ville sainte, et il le plaça sur le
pinacle du Temple, et il lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas;
car il est écrit : A ses anges il donnera des ordres pour toi, et sur leurs
mains ils te porteront, de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre. »
Jésus lui déclara : « II est encore écrit : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton
Dieu. »
De nouveau le diable le prend avec lui dans une montagne très élevée et lui
montre tous les royaumes du monde et leur gloire, et il lui dit : « Tout cela,
je te le donnerai, si tu tombes, prosterné, devant moi. » Alors Jésus lui dit :
« Va-t-en Satan, car il est écrit : « C 'est le Seigneur ton Dieu que tu
adoreras, et à lui seul tu rendras un culte. »
Alors le diable le laisse, et voici que des anges s'avancèrent, et ils le
servaient.
(Mt4, 1-12)
Les voies qui permettent à l'homme de se manifester sont au nombre de trois : la
voie de la volonté, qui est liée au monde physique, la voie du cœur et de ses
désirs, la voie de l'intellect qui est en relation avec le monde mental.
Il est dit dans l'Ecriture que Satan soumit le Christ à la tentation. Satan
connaissait bien l'homme, aussi fit-il des tentatives auprès du Christ par
l'intermédiaire des trois voies de manifestation. Il tenta sa volonté, son cœur
et son intelligence pour mettre sa fermeté à l'épreuve.
Satan dit au Christ : « Si tu es le fils de Dieu, change ces pierres en pain. »
Le Christ lui répondit : « Je n'ai aucune raison de changer la nature des
pierres. Il est écrit que l'homme ne vivra pas seulement de pain mais aussi de
toute parole sortie de la bouche de Dieu. » Satan comprit qu'il avait devant lui
un homme doté d'une volonté de fer.
Ensuite, il tenta son cœur en disant : « Jette-toi du haut de ce temple.
N'est-il pas écrit que les anges te porteront, qu'ils ne te laisseront pas
heurter la pierre. »
II pensait que le Christ était superstitieux. Il lui fut répondu : « Arrière
Satan ! Il est écrit : Tu ne tenteras pas Dieu. »
Enfin, son intelligence fut mise à l'épreuve. Satan lui dit : « Vois-tu tous ces
empires ? Si tu te prosternes devant moi, ils seront à toi. » Le Christ répondit
: « On ne peut adorer que Dieu seul et Le servir. ».
Un grand nombre de gens aimeraient transformer les pierres en pain. Pourquoi le
veulent-ils ? Pour s'enrichir. Mettez votre volonté à l'œuvre et vous serez
riches. Dans la terre, dans les mers et les océans, il y a suffisamment d'or. Si
vous êtes intelligents, vous saurez où se trouve l'or et vous deviendrez riches.
Il dépend de chacun de vous d'être riche, d'être aimé. Certains veulent qu'on
les aime. Ils ne savent pas que si on ne les aimait pas, ils ne seraient pas
venus sur la Terre. Dieu est le premier à nous aimer, autrement on n'existerait
pas. Pour qui le monde a t-il été créé ? Pour l'homme. Le monde est un
enseignement matériel qui apporte quelque chose à tous. Tout ce dont on peut
disposer à un moment donné est à nous. Le beau violon est destiné au violoniste
qui en joue; les couleurs et les pinceaux sont destinés au peintre; le piano est
pour le pianiste. Qu'est-ce qu'un chanteur ? Quelqu'un qui chante bien.
Qu'est-ce qu'un orateur? Quelqu'un qui parle avec éloquence et qui met chaque
mot à sa place.
Maintenant, quand vous vous demanderez ce qu'est la vie, vous saurez que c'est
un grand bienfait et qu'elle se manifeste dans trois domaines : dans le domaine
de la volonté, dans le domaine du cœur et dans le domaine de l'intelligence.
Dans la vie physique ordinaire, la volonté est en rapport avec les occupations
ordinaires : le manger et le boire. Dans le domaine du cœur, l'homme recherche
l'agrément tout comme le chat cherche à s'installer douillettement. Dès que ce
dernier a trouvé un bon endroit, il ronronne de satisfaction. Si l'on passe
devant lui, il se met à se frotter aux jambes, à miauler, il a envie de manger.
Les sentiments agréables autant que désagréables sont en relation avec le cœur.
Pour connaître un homme, il suffit de regarder comment il se comporte dans les
petites occupations de la vie.
Apprenez à vous connaître vous-même, apprenez à connaître vos proches. Vous
pouvez connaître l'homme par son écriture. Certains commencent leurs lettres
avec de grands caractères; à la fin ils terminent avec des caractères menus et
serrés. Cela caractérise l'homme qui promet beaucoup et donne peu. En général,
les jeunes gens promettent beaucoup. Lorsqu'ils vieillissent, ils disent: « Si
j'étais jeune, je pourrais tout faire, mais maintenant ce n'est plus le cas. »
Ils ressemblent à Nasredin Hodja qui aurait dit un jour : « Quand j'étais à
Bagdad, j'ai sauté de grands fossés larges de vingt mètres et profonds de vingt
mètres. » Alors quelqu'un lui dit : « Saute un fossé aussi large ici aussi. - Je
ne peux pas, ici l'air m'en empêche. » Que représente l'air ? Les conditions.
Cela veut dire que si les conditions étaient bonnes, tu te serais comporté en
homme.
Les gens d'aujourd'hui n'ont pas lieu de se plaindre. De nos jours les
conditions existent pour tous. Concernant le talent, personne n'est totalement
privé de dons. Si quelqu'un a gaspillé sa fortune, ses forces et ses dons, il en
est lui-même responsable. Au commencement, l'homme a été bien créé, doté de dons
et d'aptitudes, d'une bonne constitution physique et bien développé. Et s'il a
maintenant des défauts, physiques ou psychiques, la cause réside en lui-même.
L'un a les yeux qui louchent, l'autre a les oreilles petites ou grandes, les
bras courts ou longs, les épaules tordues. Tout au début, l'homme tout comme la
femme avait les cheveux longs. Maintenant l'homme les a courts et la femme imite
l'homme. Etant donné que l'homme travaille plus dans le domaine intellectuel,
ses cheveux sont courts. Les énergies intellectuelles empêchent la croissance
des cheveux. La femme travaille davantage dans le domaine des sentiments et
c'est pourquoi ses cheveux sont longs. Celui qui a des cheveux épais et noirs
travaille plus avec son cœur. Lorsque la tête se dégarnit, l'intellect prend le
dessus par rapport au cœur. Ce qui est bien, c'est que l'intellect et le cœur
soient également développés. Les Américains sont le plus souvent chauves car
leur cerveau est extrêmement actif. Ce sont des gens rapides, mobiles; ils
courent tout le temps comme si on les poursuivait.
Si vous comparez l'homme et l'animal, au premier abord vous ne verrez qu'un
attribut qui les différencie : le menton. Les animaux n'ont pas de menton, ce
qui veut dire qu'ils n'ont pas de volonté. On dit du lion qu'il est brave.
Certes, il est brave mais il n'a pas de volonté. Bien que fort, il est peureux.
Il suffit de le regarder droit dans les yeux pour que sa force d'agression se
paralyse. Les Noirs savent bien cela et viennent facilement à bout du lion et du
tigre. Si un Noir rencontre un lion sur son chemin, il ne s'enfuit pas mais le
fixe du regard jusqu'à ce que le lion cède. Les Anglais n'ont pas les mêmes
croyances que les Hindous mais ils utilisent le pouvoir qu'ont les Hindous de
paralyser la force des animaux pour qu'ils ne les attaquent pas. Un Hindou peut
rester assis sur la rive sans que les crocodiles ne l'attaquent. S'il n'y a pas
d'Hindou sur la berge, les Anglais n'osent pas passer le long de la rivière.
L'Hindou les domine par sa volonté. Il connaît leur langage et il parle avec
eux. Les Hindous se sont appropriés cette connaissance par un travail intensif.
Beaucoup de générations y ont travaillé dans le passé et mainteant ils
transmettent ce savoir à leurs enfants.
Un Anglais a décrit son expérience avec un adepte hindou qu'il rencontra dans
une région montagneuse. L'Anglais avait oublié de se munir de pain, et quand il
eut faim il se tourna vers l'Hindou en disant : « J'ai faim. Avez-vous un peu de
pain à me donner ? » L'Hindou n'avait pas de pain, mais il demanda à l'Anglais :
« Quel genre de pain voulez-vous et de quelle forme ? » L'Anglais lui dit quel
genre de pain il désirait et il s'attendit à en recevoir au moins un morceau
pour satisfaire sa faim. L'Hindou sortit un morceau d'étoffe et l'étendit sur le
sol. Quelques instants après apparut sur l'étoffe un beau pain, de ceux que
mangent les Anglais. Peu de temps après, l'Anglais eut envie de manger un fruit.
« Quel genre de fruit désirez-vous manger ? » demanda l'Hindou. Il ne fallut
guère de temps pour que l'Anglais voit apparaître sur l'étoffe le fruit qu'il
avait demandé. Plus tard, l'Anglais relata les deux événements, l'histoire du
pain et du fruit, mais il ne savait pas lui-même comment cela avait pu se
produire. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il avait mangé un pain tout chaud,
comme s'il venait d'être sorti du four, et un fruit frais tout juste cueilli de
l'arbre. Vous direz que tout cela est une illusion. Pourtant l'illusion est
différente de la réalité. Si l'on nourrit l'homme avec une illusion, il perd
continuellement du poids. Quand bien même on lui suggérerait qu'il mange, alors
même qu'on le laisse sur sa faim, son poids révélera ce qu'il en est réellement.
L'illusion enlève du poids, la réalité en confère.
Si vous nourrissez l'intellect humain avec des illusions, il diminue; si vous
nourrissez le cœur avec des illusions, il diminue; si vous nourrissez la volonté
avec des illusions, elle aussi diminue. La réalité, elle, donne toujours. Même
si ce qu'elle donne est microscopique, en fin de compte, le petit acquis va
s'accroître et deviendra grand. La petite semence, lorsqu'elle est mise en
terre, donne à peine signe de vie, mais pourtant la vie se manifeste
progressivement et, au bout de quelque temps, il en sort un grand arbre bien
développé.
Je dis : tout dépend de la volonté; celle qui résulte de l'intellect et du cœur
humains. Lorsqu'on parle d'un homme volontaire, on comprend par là un homme dont
l'intellect et le cœur sont bien développés. Le lion est fort, mais il n'a pas
de volonté. Même l'éléphant, qui est le plus intelligent des animaux, n'a pas de
volonté. Si l'on retourne plusieurs fois un éléphant sur son dos, il est prêt à
vous servir : il se soumet à l'homme. Tant qu'on ne le retourne pas sur le dos,
on a du mal à le soumettre. Par quel trait spécifique le saint se
différencie-t-il ? Par sa résistance et sa volonté. Jadis, les saints ont été
exposés au martyre : on leur coupait les oreilles, on leur coupait les pieds et
les mains, mais ils résistaient à tout. Les premiers chrétiens ont été exposés
au feu, mais c'est en chantant qu'ils sont allés au bûcher; ils ont résisté à
tout. Ces êtres là avaient de la volonté. Je remarque la manière dont certains
de nos héros actuels endurent leurs souffrances. A peine sentent-ils la brûlure
qu'ils cèdent : ils ne résistent pas aux difficultés. Que faut-il faire quand
viennent les épreuves ? Chanter. La pauvreté vient-elle chez vous ? Chantez. La
maladie arrive-t-elle ? Chantez. Doit-on croire en la maladie ? Dans le monde
divin, la maladie n'existe pas. C'est l'homme qui crée la maladie et non pas
Dieu. Au commencement, l'homme a été doté de volonté, d'une intelligence solide
et d'un cœur bon, mais par la suite il est devenu velléitaire et a cédé la place
à la bêtise et au mal en lui.
A l'heure actuelle, comment peut-on savoir qui est intelligent et qui est
stupide ? On dit de quelqu'un qu'il est intelligent, qu'il a bien arrangé ses
affaires, qu'il s'est créé une bonne situation matérielle. Il s'est bien
débrouillé mais il a été condamné à vingt ans de prison. Au lieu de voler et de
perdre sa liberté, il vaut mieux développer son flair pour découvrir l'or caché
dans la terre. L'or et les autres métaux précieux ont une odeur spécifique grâce
à laquelle on peut les découvrir dans la terre. Celui qui a développé son flair
trouvera facilement où est l'or et c'est là qu'il creusera. Il prendra tout ce
dont il a besoin, puis il cachera ses traces. Personne n'a le droit de prendre
tout l'or. Il prendra au plus deux ou trois morceaux. Vous me direz qu'il est
difficile de développer son flair. Si c'est difficile, chantez ! C'est en
chantant que vous gagnerez votre vie. L'important, c'est d'avoir une belle voix
et de chanter et non pas de coasser. Si vous ne pouvez pas chanter, jouez d'un
instrument : vous êtes nés pour être musiciens. Quel que soit le don que vous
avez, mettez-le en application. Que vous soyez peintre, sculpteur ou poète,
mettez en pratique votre savoir. Si vous avez quelques connaissances en
agriculture, plantez des arbres fruitiers ou de la vigne afin de voir le
résultat de votre travail.
Il y a quelques années, un chercheur d'or vint me trouver de Nova-Zagora et il
me dit : « J'ai entendu dire que tu savais où se trouve enfoui un trésor en or.
Je désire que tu me dises où est l'emplacement exact parce que cela fait cinq à
six années que je creuse; j'ai déjà fouillé sur une longueur d'environ un
kilomètre et j'ai trouvé un peu d'or : mon labeur est inestimable. Il y a cinq
mois, j'ai rêvé qu'un hodja1 venait me voir et me disait : « Cela fait bien
longtemps que tu pries Dieu de te révéler où il y a de l'or enfoui en terre,
mais ta prière demeure sans réponse. Suis-moi, je vais te montrer l'endroit où
l'or est enfoui. » Je me mis à le suivre mais juste à ce moment-là mon voisin me
saisit par mon vêtement et me dit : « Rends-moi les mille francs que tu me dois.
-Je t'en supplie, laisse-moi aller car le hodja ne m'attendra pas. Quand il
m'aura montré où est l'or, je paierai immédiatement ma dette. » Mais mon voisin
ne voulait pas m'écouter, il me retenait par mon vêtement. Nous nous battîmes,
nous nous empoignâmes et c'est alors que je me réveillai. C'est ainsi que j'ai
perdu le hodja et aussi l'argent. « Maintenant je viens te prier de me dire où
se trouve cet endroit. »
Je lui répondis : « Demande au hodja, il te le dira. » Que représente la volonté
? La science. Par conséquent, chacun a le droit de travailler sur lui-même afin
de développer sa volonté dans le vrai sens du terme. Dieu bénit tout homme qui a
de la volonté. Quiconque connaît les lois de la nature et s'y conforme a de la
volonté. L'homme doté de volonté collabore avec la nature. Il se soucie de son
cœur et fuit donc les ennuis. Il ne s'inquiète de rien. La plupart des gens
s'inquiètent de choses auxquelles ils ne devraient pas faire attention. Ils se
plaignent de ne pas avoir de charbon, de chaussures, de vêtements. Ce sont des
situations temporaires : tout finit par s'arranger. Pour le moment ils porteront
des galoches2 « Oui, mais c'est grossier, lourd, ça fait trop de bruit. »
D'autres s'inquiètent de ne pas avoir assez de pain. A les entendre, ils vont
mourir de faim. Si votre heure est venue, même si vous avez du pain, vous allez
tout de même mourir : rien ne peut vous sauver. Aussi riche que vous soyez, vous
allez quand même mourir. On ne peut racheter sa vie avec de l'argent. Ce qui est
terrifiant, c'est de perdre la vie.
Moi, je dis : les racines de la vie sont dans le cœur. Si le cœur se gâte, la
vie elle aussi se gâte. L'homme meurt à cause de la dysharmonie qui survient
entre le cœur et l'intellect. Cela révèle que l'homme est entré en conflit avec
la cause première des choses. Le cœur est en relation avec la nourriture. La vie
que vous mènerez sera fonction du genre de nourriture que vous consommerez. Une
nourriture empoisonnée et impure détruit l'organisme. C'est Eve qui la première
introduisit le poison dans l'organisme humain.
Ainsi survint la mort parmi les hommes. Aujourd'hui encore, les hommes utilisent
une nourriture impure et ils rejettent toujours la faute sur Eve. Aujourd'hui
encore ils mangent de l'arbre défendu et ils rejettent toujours la faute sur
Eve. Ils ne voient pas que c'est le diable qui leur murmure de haïr untel ou
untel, de faire du mal à quelqu'un, et ils rejettent la responsabilité de leurs
malheurs sur Eve. Ne recherchez pas la faute en Eve mais entrez en vous-même, et
écoutez la voix paisible qui vous murmure : « Fais le bien à cet homme, aide-le
à s'élever. »
Ainsi donc, le devoir de l'homme n'est pas seulement de développer sa volonté,
de renforcer la chaleur de son cœur, mais aussi d'augmenter la lumière de son
intelligence. L'intelligence de l'homme contemporain est lumineuse à l'extérieur
et sombre à l'intérieur. Notre salon ici est lumineux lui aussi; on aurait du
mal à trouver ailleurs un salon aussi clair. Il faudrait en plus ouvrir la
fenêtre du haut pour qu'il soit encore plus lumineux. Plus la fenêtre de
l'intelligence est grande et mieux cela vaut. Il n'est rien de plus agréable que
la lumière. Elle révèle les plus belles choses de la vie. Elle fait mûrir tous
les fruits. La beauté du monde est due à la lumière. Elle est un acte
raisonnable du monde divin.
Pourquoi certaines choses semblent-elles floues ? Parce que leur image ne se
trouve pas dans le foyer. Lorsqu'on recentre l'image dans le foyer, tout devient
clair et lumineux. Perdre la bonne distance focale veut dire perdre la justesse
dans ses pensées, dans ses sentiments et dans ses actes. Alors vous devez faire
appel à un homme bon et raisonnable pour qu'il vous aide à les remettre dans le
foyer.
Certaines personnes ont honte de se montrer ignorantes devant les autres. Il n'y
a pas de quoi avoir honte; tout est inscrit sur le crâne. Il suffit de regarder
le crâne de quelqu'un pour savoir ce qu'il est et comment il a vécu. Il y a de
cela des années, lorsque je faisais des recherches phrénologiques, j'allai faire
une visite au monastère de Rila. Dans une salle se trouvait un grand nombre de
crânes de moines. Je pris un crâne, je l'examinai soigneusement et je dis que
cet homme n'était pas fait pour être moine. On me demanda à quoi je le voyais.
Je pris une bougie que j'allumai et plaçai dans le crâne juste en dessous du
centre où se trouve le sentiment religieux. Il s'avéra qu'à cet endroit le crâne
était très épais, qu'aucune lumière ne pouvait passer au travers. C'est à-cet
endroit que se trouve le centre de l'amour envers Dieu. En déplaçant la bougie,
je plaçai la lumière contre le centre où se trouve la cupidité de l'homme. Il
apparut vraiment que cet homme aimait boire, commettre de menus larcins,
satisfaire ses désirs. Ceux qui m'écoutaient tombèrent d'accord avec moi.
Ensuite, je plaçai la bougie dans un autre crâne dans lequel la lumière arrivait
par plusieurs endroits. Je leur dis que cet homme était pieux, qu'il éprouvait
de l'amour pour Dieu et pour son prochain et que c'était un bon moine. Les
autres moines confirmèrent cela. Ils dirent que pour chaque moine on avait écrit
comment il avait vécu et quel était son caractère. L'homme ne peut pas se cacher
: tout est écrit sur son crâne.
Il est dit dans les Ecritures : « II n'est rien de caché en ce monde. » D'après
son crâne, on peut déterminer ce que sera l'homme de son vivant. Par les cheveux
aussi on reconnaît son caractère. Les erreurs ne doivent pas nous effrayer. Vous
redoutez des choses qui ne doivent pas vous faire peur. Les erreurs sont une
richesse qu'il faut savoir exploiter. Elles sont un matériau brut qu'il faut
travailler. Si l'on ne pouvait pas utiliser comme un bienfait les erreurs et les
faiblesses des gens, la Providence ne les aurait pas tolérées. Par le terme de "
faiblesse ", nous entendons tout matériau à l'état brut, non encore travaillé.
Par exemple, la cupidité est une faiblesse qui se manifeste différemment selon
les personnes. Certains ont pour faiblesse les timbres postaux; ils les
collectionnent dans le but de s'enrichir. Parfois, ils arrivent à les vendre,
parfois ils n'y parviennent pas. D'autres collectionnent de vieux clous forgés,
des fers à cheval, des bouts de métal dont ils ne se servent pas. Ils
s'imaginent qu'en les gardant chez eux, cela leur portera bonheur. Que font-ils
des fers qu'ils ont trouvés ? Ils les fixent devant le seuil de leur maison :
tantôt en tournant la partie ouverte vers l'extérieur, tantôt en la tournant
vers l'intérieur. Ce n'est pas un mal de mettre un fer à cheval devant le seuil
de sa maison, mais c'est encore mieux si celui-ci est en or. Si vous trouvez
quatre fers en or, vous vous assurerez le bonheur pour toute la vie. Certains
sont passionnés par les plantes. Ce n'est pas mauvais. Mais il faut étudier
celles-ci pour leurs vertus médicinales. Il existe des plantes qui guérissent
les maladies les plus dangereuses et les moins faciles à guérir. Celui qui ne
les connaît pas en souffre. C'est pourquoi nous disons que l'homme souffre de
son ignorance. Etudiez les plantes et leurs vertus médicinales.
Il y a des gens qui comprennent le langage des animaux. Ils savent ce que chaque
animal apporte à l'homme. Par exemple, le cheval transmet une certaine énergie
qui transforme une mauvaise disposition en bonne disposition. Si vous êtes mal
disposé, montez à cheval et vous verrez que votre état changera. Si vous êtes
impatient de nature, achetez deux bœufs et travaillez avec eux. Si vous voulez
gagner en noblesse, achetez deux pigeons. Si vous voulez devenir chanteur,
achetez un oiseau qui chante. Les oiseaux sont de grands artistes.
Quelqu'un que je connais me demandait ce qu'il ferait lorsqu'il irait dans
l'autre monde. Je lui répondis que nul ne pouvait aller dans l'autre monde tant
qu'il n'avait pas appris à bien connaître les plantes, les papillons, les
poissons, les oiseaux et les autres animaux. Il passera un examen sur toutes ces
questions. Les papillons représentent une exposition de tableaux sur les anges.
En regardant une telle exposition vous comprendrez son sens caché. Le peintre
doit étudier les papillons afin de voir le nombre de couleurs qui sont
représentées dans un si petit espace. Apprenez l'art des papillons et des
fleurs.
Vous me direz que vous aspirez à une vie plus simple et plus modeste. A votre
avis, la vie humaine est-elle primitive ou non ? Non seulement elle ne l'est
pas, mais pour les êtres inférieurs elle ressemble au paradis. La mouche, que
comprend-elle à la vie humaine ? Elle n'a aucune idée au sujet de la vie que
mène l'homme ni de son environnement. Ce que sont le soleil, les étoiles, les
fleurs, les papillons, elle n'en sait rien. Elle ne comprend rien à la beauté.
De même que la mouche n'a aucune idée du monde humain, de même l'homme n'a
aucune idée du paradis, du monde des êtres élevés. Dans ce monde vivent des
êtres doués de raison, parfaits, dépourvus de faiblesses. Si vous rencontrez un
habitant de ce monde, il est prêt à vous rendre service, à se sacrifier pour
vous sans attendre de récompense. Les êtres élevés sont totalement
désintéressés. Ils sont riches : ils n'ont besoin de rien. Que peut-on donner au
fils du roi ? Et lui, que peut-il nous prendre ? Le problème est différent si en
vous ne coule pas un sang royal. On raconte que le fils d'un roi avait épousé
une jeune et belle tzigane. Quel que fût le pain qu'on lui servait, il ne la
contentait pas. Elle voulait manger du pain fait de farine obtenue par la
mendicité. Un jour vint où elle prit de la farine qu'elle versa sur une dizaine
de tables. Ensuite, elle mit sa besace sur son dos et fit le tour des tables
pour quémander de la farine. Lorsqu'elle eut rempli la besace, elle rentra dans
sa chambre, pétrit le pain, l'enfourna et en mangea jusqu'à satiété. Elle le
trouvait très bon.
Vous demandez : « Que devons-nous donc faire ? » Commencez à vivre comme vivent
les habitants du Paradis. Ne vous laissez pas tenter par l'argent du banquier.
Ne vous laissez pas séduire pas la beauté de qui que ce soit. Si vous êtes un
homme, ne vous laissez pas séduire par la beauté de la femme; si vous êtes une
femme, ne vous laissez pas séduire par la beauté de l'homme. Ne vous laissez par
séduire par la force humaine. Seul Dieu est fort. Seul Dieu est extrêmement bon,
suprêmement sage; tous les êtres raisonnables vont de perfection en perfection.
Les gens ordinaires, eux, vont de l'imperfection vers la perfection. Les gens
ordinaires ne peuvent pas encore aller de perfection en perfection.
Que remarquons-nous aujourd'hui dans la vie humaine ? Un manque d'attention. Qui
détourne l'attention ? La vie. Pour ne pas faire d'écarts, l'homme doit faire de
ses dons le fondement de sa vie et les travailler. Développez la lumière de
votre intelligence afin d'obtenir plus de lumière. Développez la chaleur de
votre cœur afin de gagner plus de chaleur et d'augmenter la flamme du feu sacré
qui résout toutes les difficultés. Lorsque les difficultés ne se résolvent pas
facilement, la cause en est le manque de chaleur du cœur. Rien au monde ne
saurait changer cette chaleur. Qui peut résister à un froid de moins 273 degrés
? La chaleur du cœur que l'on nomme chaleur vitale. La force de l'homme se cache
dans sa volonté.
Ainsi donc, c'est sur trois éléments divins que l'homme édifie sa vie : sur la
lumière de son intelligence, sur la chaleur de son cœur et sur la force de son
âme. L'homme est venu sur la Terre pour manifester ce qu'il a de bon en lui.
S'il est bon, intelligent et fort, il aura des amis; s'il n'est pas bon, s'il
n'est pas intelligent et fort, il n'aura pas d'amis du tout. Dans l'amitié, il
se produit un véritable échange entre les âmes. Si vous aimez le fruit que vous
mangez, il se produit entre le fruit et vous un bon échange. L'amour éprouvé
pour un certain fruit peut améliorer sa qualité. Si vous mangez les fruits d'un
arbre avec amour pendant des années, vous constaterez que l'arbre s'améliore. Si
un sot mange d'un fruit pendant des années de suite sans amour, l'état de
l'arbre empire. Cela est une loi. Les jardiniers bons et intelligents produisent
de bons fruits. Les jardiniers avides gâtent les arbres fruitiers de leur
verger. Diverses petites bêtes apparaissent sur les arbres et mangent les
fruits.
Tout le monde est passé par l'école. Vous avez terminé l'université, le lycée,
le collège ou l'école primaire. Vous savez donc quels élèves l'instituteur et le
professeur aiment. Ils aiment les élèves appliqués, doués et capables. L'élève
doué est un bon élève. Il est impossible que l'élève dépourvu de dons et
d'intelligence soit un bon élève. L'élève doué a une forte volonté, il peut
résoudre les problèmes difficiles que pose l'instituteur. Aussi difficile que
soit le problème, il ne se décourage pas mais travaille jusqu'à ce qu'il l'ait
résolu. Lorsqu'il parle, il emploie les mots de l'équité. Il existe des mots
justes qui expriment la justice et qui sortent de l'intelligence ou du coeur ou
de l'âme de l'être humain. S'il ne peut se servir de ces termes, il doit
apprendre jusqu'à ce qu'ils deviennent sa chair et son sang. L'homme vit et se
sert de ce que tous les hommes ont acquis collectivement. Ce que l'humanité
entière a acquis est devenu une œuvre vivante. Tout le reste n'est que
tentatives. Ce que tous les hommes ont acquis devient la propriété de toute la
collectivité; les générations à venir s'en serviront également. Tout ce que nos
mères et nos pères, nos grands-parents et nos ancêtres ont accompli, nous en
héritons. Sachant cela, ne vous découragez pas. Un jour, même l'ignorant le plus
irrécupérable deviendra un génie. Comment ? Par un travail assidu. Celui qui
veut obtenir quelque chose doit travailler. Une vie facile et oisive ne donne
pas de bons résultats. Si ce genre de vie apportait quelque chose à l'homme, les
résultats seraient tout différents. Si l'on pouvait obtenir tout ce qu'on veut
avec facilité, Jésus, le premier, aurait appliqué cette méthode. Qu'y avait-il
de plus facile pour le Christ que de venir en roi, de décréter une loi, et de
contraindre tout le monde à accepter son enseignement ? Pourquoi Dieu a-t-il
choisi une voie aussi dure pour le Christ ? Pourquoi l'a-t-il envoyé comme fils
de famille doté d'une situation peu enviable, sans refuge ?
La voie de l'âme humaine est difficile. La voie des âmes élevées est encore plus
difficile. Ce que l'âme désire ne peut pas être obtenu sur Terre. Ici, l'âme
fait ses essais, elle creuse, exploite, mais c'est ailleurs qu'elle récolte les
fruits de ce travail. La Terre n'est pas un lieu de bonheur. Elle est une grande
école qui permet à l'homme de développer son intelligence, son cœur et son âme.
Dans le futur, la Terre se réorganisera, elle accordera à l'homme les conditions
favorables à son bon développement. C'est alors que les hommes seront heureux,
mais à l'heure actuelle c'est impossible. Vous avez de la fortune, vous êtes
heureux; vous perdez votre fortune et vous voilà malheureux. Tant que vous êtes
en bonne santé, vous êtes heureux; dès que vous perdez la santé, vous êtes
malheureux. Si vous n'êtes pas intelligent, bon et fort, on vous privera de
tout; si vous êtes intelligent, bon et fort, vous conserverez tout. Qui
peut-être le plus intelligent, le meilleur et le plus fort ? C'est l'homme qui
lit clairement dans le passé et dans l'avenir ainsi que dans le présent. Il lui
suffit de fixer son regard sur ce qui se passait deux mille ans auparavant pour
savoir ce qu'il y a eu alors; et en anticipant du regard deux mille ans à venir,
il sait de quoi sera fait le futur. Les astronomes actuels pénètrent l'espace
avec leurs télescopes et voient ce qui est inacessible au commun des mortels.
Ils se réjouissent devant l'immensité de l'univers infini. Grâce à leurs
télescopes, ils révèlent aux gens l'existence d'un grand nombre de soleils et de
planètes, résidences d'êtres raisonnables. Viendra un jour où les habitants de
la Terre se déplaceront d'un système solaire à un autre. Quand cela
arrivera-t-il ? Un jour... Si, naguère, vous aviez dit aux gens que l'homme
volerait à l'aide d'une machine, ils vous auraient pris pour des fous; pourtant,
à l'heure actuelle, c'est un fait. Des coins les plus reculés, les gens arrivent
en avion pour traiter leurs affaires. Bien des fois ces machines volantes
viennent aussi hanter vos nuits et semer la peur et l'effroi parmi vous !3
L'humanité d'aujourd'hui en est arrivée au point où le bon sens ordinaire ne
vaut plus rien. A une époque reculée, l'araignée était spécialiste dans l'art de
filer, elle surpassait l'homme, mais maintenant, il l'emporte sur elle.
L'araignée a échoué dans son art parce qu'elle s'est adonnée à la chasse aux
mouches; elle attrape une mouche, suce son sang et en attend une autre. Lorsque
cette fileuse entre dans votre maison, vous prenez le balai et la chassez dehors
: elle vous déplaît.
L'homme doit se faire connaître par la pratique d'un art ou par une connaissance
qui lui permettent d'aider son prochain. Par quoi allez-vous vous faire
connaître ? La nuit, faites-vous connaître par la lumière de votre intelligence.
A l'extérieur, s'il fait froid, faites-vous connaître par la chaleur de votre
cœur. Si quelqu'un se trouve dans une mauvaise posture, il se fera connaître par
la force de son âme. Le fort a toujours de l'avenir. Il est utile à tous les
êtres vivants. L'homme bon et raisonnable a toujours de l'avenir. On ne peut pas
être intelligent ou fort si l'on a pas de l'espoir. On ne peut être bon si l'on
ne connaît pas l'amour. On ne peut être fort si l'on n'a pas la foi. L'espérance
est liée au monde physique; de l'espérance dépend la santé de l'homme. De
l'amour dépend l'état du cœur. De la foi dépend l'état de l'intelligence. Sans
foi on ne peut pas être intelligent. Sans l'espérance, la santé ne peut pas être
réelle. La santé est liée au soleil, source de vie. Etant donné que l'or, lui
aussi, entretient la vie, la santé de l'homme est déterminée par la quantité
d'or organique qui passe dans le sang. L'homme sain a suffisamment d'or dans le
sang. Quand il tombe malade, c'est que la quantité d'or dans son organisme a
diminué. Lorsque vous vous soignez, mettez une pièce d'or dans de l'eau,
laissez-la un certain temps, puis buvez de cette eau à la dose d'une petite
cuillère par jour. Vous me direz que c'est de la superstition. Alors, avaler le
médicament prescrit par le médecin, ce n'est pas de la superstition, mais boire
de l'eau dans laquelle il y a de l'or, c'est de la superstition ! Souvenez-vous
: il n'y a que la foi qui sauve. Donnez au malade de l'eau pure, faites-le boire
à raison d'une cuillerée et voyez le résultat. Plus sa foi est forte et plus
vite il guérira.
Lors de la dernière guerre (14-18), un soldat vint me voir : il avait de la
fièvre et, en l'absence de moyens pour se guérir, il voulait de moi un conseil.
Je lui dis d'aller mentalement dans une pharmacie et de demander de la quinine.
Ensuite de s'imaginer absorbant la quinine. S'il ne guérissait pas en suivant
mon conseil, je lui ai dit de revenir me voir et que je l'aiderais. Le soldat ne
revint pas me voir, ce qui prouve qu'il avait recouvré la santé. Quiconque a
suivi un tel conseil avec foi a guéri. Dans la vie, tout dépend de la foi. Celui
qui croit en la richesse devient riche; celui qui croit en la force devient
fort.
Un étudiant américain était allé voir quel genre d'exercices pratiquait un
lutteur américain parmi les plus célèbres. Alors qu'il le regardait s'exercer,
il dit quelque chose à son intention, mais le lutteur le prit mal et gratifia
l'étudiant d'une paire de gifles qui le renversa par terre. L'étudiant ne dit
rien, il se leva, secoua la poussière de ses vêtements, rentra chez lui et se
mit à réfléchir comment il pourrait rendre la pareille au lutteur. Il décida
d'étudier la vie du lutteur pour savoir à quel moment celui-ci avait atteint le
sommet de son art. Après quoi il commença des exercices quotidiens jusqu'à ce
qu'il eut développé des muscles au point de pouvoir soulever à la force du bras
un cheval et son poulain. Un jour, après six années d'un travail assidu,
l'étudiant alla voir le grand lutteur; il l'attrapa par les jambes, et, d'un
seul bras, il l'éleva en l'air; ensuite il le reposa par terre, puis il souleva
de nouveau et le reposa à terre. Il lui demanda alors : « Ne me reconnais-tu pas
? - Je ne te reconnais pas. — C'est moi, l'étudiant à qui tu as donné une paire
de gifles, il y a six ans. Grâce à ces deux gifles, je suis devenu un lutteur
aussi bon que toi. La conviction que j'avais de pouvoir réaliser mon désir s'est
révélée juste. »
Remerciez celui qui vous a donné une paire de gifles. Remerciez aussi le diable
qui vous a donné une paire de gifles. Ne vous laissez pas décourager mais
étudiez son caractère. C'est un bon pédagogue. A côté des mauvaises méthodes
dont il se sert, il y en a aussi de bonnes. Beaucoup de choses sur la Terre sont
son œuvre : les tribunaux ont été créés par lui. Il a introduit la querelle
parmi les hommes et les a séparés par le tort et la raison. Qui donc les prêtres
confesseraient-ils s'il n'y avait pas de pêcheurs ? Il est la cause qui préside
à la naissance des enfants. Comment les hommes corrigeraient-ils leurs fautes
s'ils ne naissaient ni ne renaissaient ? Le diable dit aux hommes : « Faites
preuve d'égards envers moi. C'est moi qui ai créé les professions pour que vous
ayez de quoi vous occuper et de quoi vous instruire. Dieu me traite avec
respect. » Qu'est-ce qu'il vous reste, alors? A l'un des conciles organisés par
les dieux4, Dieu demanda à Satan : « As-tu fait attention à mon serviteur Job,
as-tu remarqué qu'il n'avait pas son pareil ? » Satan répondit : « Permets-moi
de le mettre à l'épreuve, ensuite je me prononcerai, je te dirai s'il est bien
tel que tu le décris. » II est intelligent, le diable, il ne faut pas avoir de
mauvaises pensées à son égard. Que font les hommes ? Si un malheur arrive, ils
l'imputent toujours au diable. Il n'en va pas ainsi. Souvent l'homme se trompe
de son propre fait sans que le diable y ait à voir quoi que ce soit.
Ce jour-là, au tribunal, un avocat défendait un accusé que l'on jugeait pour
vol. L'avocat plaida : « Monsieur le juge, mon client n'avait pas l'intention de
voler. Il est jugé pour avoir volé cent francs mais ce n'est pas un voleur
professionnel. Là où se trouvaient les cent francs, il y en avait encore
soixante mille. Si c'était un voleur professionnel, il aurait pris toute la
somme, et pas seulement cent francs. » A ce moment-là, l'accusé se mit à
pleurer. Le juge pensa qu'il se repentait du vol qu'il avait commis et il lui
demanda : « Pourquoi pleures-tu ? — Je pleure pour les soixante mille francs que
je n'ai pas vus; et vous me jugez pour le vol de cent francs ! Si au moins
j'avais pris tout cet argent et pas seulement cent francs ! »
Ne dites pas des choses fausses. Elles traînent à leur suite une énorme
responsabilité. Ne croyez pas tout ce que l'on dit ou écrit sur les gens ni sur
le déroulement de certains événements. Si, dans tout ce qui est dit et écrit il
y a dix pour cent de vérité, soyez-en reconnaissants. Il y a une histoire qui ne
retient que les beaux événements. Mais il y a une histoire qui relate les choses
exactement comme elles se sont déroulées à l'époque. Tout est mis en film. On
passe le film et vous voyez les images de votre plus tendre enfance, jusqu'à
votre cent vingtième année. Là tout est consigné : ce que vous disiez, ce que
vous faisiez. Les juges regardent et sourient, sans dire un mot. Quiconque voit
son propre film dit : « Je veux retourner sur la Terre pour corriger mes
erreurs. » Ce film se poursuit sur quarante-cinq années après quoi l'homme
revient sur la Terre afin de corriger ses fautes et de continuer son
apprentissage.
Pour l'homme, il n'y a pas de plus noble occupation que de s'intéresser aux
pensées divines car elles apportent de la lumière à l'intelligence. Pour
l'homme, il n'y a pas de plus noble occupation que de s'occuper des sentiments
divins car ils apportent de la chaleur au cœur. Pour l'homme, il n'y a pas de
plus noble occupation que de s'intéresser aux forces divines car elles
renforcent l'âme et l'esprit.
Croyez en ce que Dieu a placé dans votre intelligence. Croyez en ce que Dieu a
placé dans votre cœur. Croyez en ce que Dieu a placé dans votre âme. Comptez sur
Lui et œuvrez pour Lui. C'est le bonne méthode pour travailler. Elle conduit sur
le droit chemin de la vie.
(Dimanche 17 octobre 1943, 10 heures, Sofia-Izgrev.)
1 Hodja, nom donné à un religieux musulman en Turquie et dans les Balkans (on
dit " Mollah " en Afghanistan, en Iran et dans d'autres pays.)
2 Le présent entretien date du 17 octobre 1943. La Bulgarie comme la plupart des
pays d'Europe connaissait des restrictions du fait de la guerre.
3 On était alors en 1943, en pleine guerre.
4 Par " dieux ", comprendre Les êlohim.